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Amandine Chapuis
americ_chapuis@yahoo.fr

Le récit édité chez Transboréal

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Au coeur de l'Inde

4400 km à pied du Kerala à l'Himalaya

 

 

ed. Transboréal

Paru en 2009

 

Le parcours détaillé

Itinéraire sur Google Maps au jour le jour...

14 octobre 2005 5 14 /10 /octobre /2005 22:00

Chennai (Madras)

Nous voici a Madras! 35 heures de train seulement, soit 2 nuits et une journee ponctuees de nombreuses propositions de "chai" (the), "coffee" et autres gourmandises indiennes. Nous faisons aussi la connaissance de 2 indiens avec qui nous evoquons quelques questions de politique... ils considerent que la dynastie Ghandi a assez dure, parlant meme de "monarchie"! Pourtant, ils votent pour le parti du Congres re-forme depuis peu autour de Sonia Ghandi (la femme de Rajiv, lui meme fils d'Indira). Le premier ministre, un sikh du parti du Congres ne serait qu'un pion de Sonia Ghandi! Et la perspective d'une femme etrangere (elle est d'origine italienne) a la tete du pays ne semble pas les enthousiasmer... Nous evoquons aussi la situation des intouchables, aujourd'hui favorises par une loi de quotas type "discremination positive" afin de leur redonner une place dans la societe indienne; la encore, l'etudiant d'une haute caste, comme le cadre d'une boite de developpement d'energie nuclaire, ne l'apprecient peu. D'apres eux, on a plus de chances aujourd'hui lorsque l'on est intouchable que membre d'une haute caste! Cela est bien sur, un avis tres partisan qu'il faudrait pouvoir moderer... mais pas d'intouchable dans cette 2nde classe indienne (il y avait 5 classes differentes dans ce train) pour en parler! Notre arrivee a Madras est saluee par la pluie.

Madras, 4eme ville indienne, et 1ere du sud de l'Inde. Cette ville n'est pas differente des autres en bien des points. Seule la roublardise y est peut-etre un peu moins developpee qu'ailleurs! La ville en Inde est etouffante, bruyante et puante, mais surtout grouillante! C'est cela peut-etre qui la rend attirante: chaque instant est rempli de vie mais aussi de mort et de maladie; les couleurs vives nous emerveillent, tout autant que le gris poussiereux des lungi (bout de tissu passe entre les jambes puis noue autour de la taille) nous attriste. Nous avons choisi de la decouvrir a pied... pour se mettre un peu dans le rythme de notre future marche, et ceci en depit du fait que l'on n'aime vraiment pas marcher en ville... trop polluee, trop encombree! Mais, les indiens n'ont pas l'air de comprendre ce choix de locomotion... qu'eux memes n'utilisent peu. Regulierement un rickshaw s'arrete nous proposant de nous vehiculer, parfois nous conseillant de faire attention, voir meme nous supliant de monter! c'est risible et parfois irritant. Rien ne laisse indifferent ici, et c'est peut etre ce qui me plait... les sens sont en eveil, quitte a parfois nous deranger, ils nous stimulent! Cette description de la ville peut effrayer, et en effet, la ville dans l'ensemble nous assomme, mais elle attise aussi en nous des emotions, qui ne sont pas de l'ordre du beau ou du moche (l'esthetisme), mais plutot du sensoriel. J'aimerais y ajouter le spirituel mais jusqu'a maintenant, les dieux hindous, jains, ou chretiens (ici les images de jesus en beau et jeune garcon s'etalent comme une publicite) me laisse perplexe avec leurs images kitches et decolorees. Quant au coeur, il est pour l'instant moins sollicite que le porte-feuille... a suivre!

 Depuis notre arrivee, nous avons essuye 2 jours de pluie de mousson (c'est celle du SE qui commence mais on devrait la quitter en allant encore plus au sud). En quelques heures, Madras est devenue une mare aux canards... pour ne pas devenir l'un de ces canards, nous sommes devenus des rats de bibliotheque et de librairie! L'objectif etant de mieux paufiner notre connaissance sur notre itineraire, et les regions traversees du sud de l'Inde.

Mais le soleil etant revenu hier, nous souhaitions piquer une tete dans la "Grande Bleue"... histoire de nous rafraichir un peu, les ablutions dans le Gange nous ayant mis en appetit... quoique! Pour cela nous avions choisi la plage de Marina beach, longue de 12 km, afin de nous mettre en jambes. Au fil des kilometres, nous decouvrons une realite beaucoup moins exotique que ce a quoi on s'attendait! Je fais remarquer a Eric le nombre de crottes de chien sur la plage...

- "C'est d'autant plus curieux que les chiens ne sont pas si nombreux sur cette si longue plage!

- Et tous ces indiens qui viennent contempler la "Grande Marron", assis sur leurs talons, puis vont la toucher avant de s'en retourner a leur occupation." 

Puis tout s'eclaire (si je puis dire...): 

- "Ce sont leurs toilettes!" 

Ceci nous coupe toute envie de bain! De toutes les manieres, aucun indien se baigne (ils pataugent comme nous), et la mer est tres agitee. Nous continuons notre marche d'entrainement en zigzaguant sur le sable mine! Nous longeons bientot un quartier aux maisons constituees de feuilles de palmes sechees. Une jeune fille me demande 1 roupie (soit 1/53 eme d'Euro!) et cela m'agace d'etre ainsi prise pour une carte bancaire ambulante. Mais rapidement on s'eloigne de la ville, et les visages s'eclairent de sourires. C'est fou! A seulement quelques kilometres du centre anime de la ville on profite de ces premiers sourires si genereux... c'est si bon...

Sur notre carte, une route se poursuit plus loin encore vers le sud, enjambant l'embouchure d'un fleuve... Mais, nous ne trouvons qu'un reste de pont eventre... on realise alors qu'il s'agit d'un reliquat du Tsunami... nous rebroussons chemin a travers le meme quartier... dont les habitants nous apparaissent alors comme des survivants...

 Au programme aujourd'hui: un musee national, cense etre l'un des plus interessants d'Inde. Grosse frustration: 2 des 6 galeries fermees pour cause de renovation, et a l'interieur de celles ouvertes, jusqu'a la moitie de fermee pour cette meme raison ou pour cause de panne d'electricite, etc... la premiere galerie concernant la zoologie, est un ramassis de squelettes et d'animaux empailles et jaunis par les annees (certains ne semblent avoir ete touches depuis 50 ans, au vu de la poussiere...)... je finis au pas de course, un peu ecoeuree. On enchaine ainsi les differentes galeries, depasses par un groupe d'ecoliers, a la limite du footing... dans la seule salle dans laquelle je trouve un interet: celle de la peinture. Entre quelques portaits de gouverneurs anglais, on decouvre des artistes indiens influences par l'impressionisme. L'ensemble reste tres leger, surtout pour les 250 Rs par personne (contre 20 Rs pour les indiens) payes a l'entree ou rien n'est dit concernant le peu de galeries ouvertes... si cela permettait au moins de vraiment renover ce musee, on serait presque content d'avoir paye autant (equivalent de 2 repas pour 2 personnes en Inde)! 

Il nous reste encore 2 jours a Madras avant de rejoindre Kanyakumari (Cap Comorin)... nous commencons a avoir hate de partir marcher... nous nous sentons acclimates, et surtout, suffisamment gras des bonnes choses mangees depuis notre arrivee!

Ecrit par Amandine le 15/10/2005

 

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commentaires

Pauline 26/12/2005 22:51

On a lu collectivement et en famille votre anecdote sur les toilettes a meme le sable... Tres allechant ! Bonne continuation...