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Amandine Chapuis
americ_chapuis@yahoo.fr

Le récit édité chez Transboréal

 couverture.jpg

 

Au coeur de l'Inde

4400 km à pied du Kerala à l'Himalaya

 

 

ed. Transboréal

Paru en 2009

 

Le parcours détaillé

Itinéraire sur Google Maps au jour le jour...

19 août 2006 6 19 /08 /août /2006 18:20

Extrait du carnet de voyage d'Amandine

Lundi 31 juillet 2006,

Reylong (Himachal Pradesh), 4403 Km

 

 

 

Eric n’a pas dormi de la nuit. Mais pour une fois, ce n’est pas à cause du froid, d’un caillou coincé sous notre tente, ou encore du clapotis de la pluie. Il me confie son angoisse : la peur ressentie sur ce dernier passage de col (Kugti, 5040 mètres), la sensation de ne pas être a la hauteur, et en perpétuel danger. Et comme si cela ne suffisait pas, nous ne sommes pas redescendus dans la bonne vallée ; cela signifie qu’il faut y remonter !

« Je ne peux pas faire demi-tour. Je ne retournerais pas là haut ! » 

Pour moi à l’inverse, ne pas y retourner serait un échec. Toutes ces difficultés me renforcent dans mon envie d’y retourner et de dépasser l’obstacle. Ne pas flancher face à ces nouvelles difficultés, mais bien, apprendre à accepter nos erreurs, aller s’y « re-frotter », et continuer d’aller de l’avant. 

Deux points de vue, qui, à peine exposés, nous font nous interroger. Eric aurait-il raison ? Ne sommes-nous pas assez expérimentés pour de la haute montagne ? Et s’agit-il, pour ma part, de courage ou de fierté, de vouloir ainsi y retourner alors que le passage était périlleux ?

Ou à l’inverse, n’est-ce pas l’angoisse qui finit par rendre ce passage plus difficile qu’il n’est réellement ? Ne sommes-nous pas en train de nous monter la tête, sur un passage dur physiquement seulement ? Eric s’est-il trop projeté dans notre retour et Rennes, qui sont devenus des sujets récurrents, pour en oublier notre projet : relier Kaniyakumari à Leh ? Enfin cela ne serait-il pas la pire des fins que de s’arrêter ici sur un échec ?

Un thé, proposé par les trois gaddhi (bergers) qui partagent notre campement, nous sort de nos tergiversations quelques instants.

Mais, seule face à ma tasse de thé, je sombre à nouveau…et le doute m’envahit. N’est-ce pas important de savoir reconnaître ses faiblesses, en particulier lorsque l’on se mesure à la montagne ? De plus, lors de ma propre angoisse, sur les routes du sud Rajasthan, concernant la proximité des voitures et des camions, qui parfois nous frôlaient, emportés par leur vitesse dans un virage, je regrette de ne pas avoir été prise au sérieux…cela s’étant terminé un accident* que je pressentais !

Cette fois, c’est peut-être à mon tour d’écouter les craintes de mon mari, et de les prendre au sérieux ! Peut-être est-il conscient d’un risque que l’on court et que je ne vois pas ? Suis-je devenue embrumée par la confiance acquise par nos 4403 Kms ?   

Enfin dernier argument de taille : est-on toujours dans la marche indienne, une aventure humaine, ou bien sommes-nous en train de glisser vers un exploit sportif dans lequel seul compte l’aboutissement ? Notre projet de départ était bien clair : ne pas tomber dans ce travers du voyage vers un but, car le but n’est pas pour nous un point géographique, mais bien un genre de vie à développer jour après jour. Mais alors, quelle plus belle fin que d’accepter le destin, dans son pays-roi, celui qui nous a menés là, dans cette vallée perdue de l’Himachal Pradesh, au milieu des moutons et des bergers qui nous accueillent, et au pied de la chaîne du Pir Panjal.

Derrière, se dressent celles du Zanskar puis du Ladakh, qui nous faisaient tant rêver. C’est le début des infrastructures de trekking ; on parle de villages, de « parachute tent », de « lodge », de petits « tea shop », de ponts pour traverser les rivières, et simplement de « trail » (piste)… 

Nous nous trouvons donc au pied de la poule aux œufs d’or pour un trekkeur ! Mais cela aussi nous fait peur : terminer dans un paradis pour trekkeurs pour atteindre Leh, et se demander alors « mais au fait, pourquoi s’arrêter a Leh ? » !!

A l’inverse, une fin naturelle, dans cette vallée himalayenne, renforcerait le pouvoir des rencontres qui ont fait notre route.

C’est décidé, d’un commun accord, notre marche indienne s’arrête donc ici, c'est-à-dire nulle part…

 

 * Le 7 mai, Eric a en effet été renversé par un camion ayant chassé en sortie de virage. Heureusement, pas de casse, seule une grosse angoisse a été à déplorer. Deux jours de repos, et c’était re-parti !

  

 

Nous remercions tous ceux qui nous ont suivis et soutenus pendant cette année, et en particulier nos familles. Encore merci et à bientôt... 

 

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15 juillet 2006 6 15 /07 /juillet /2006 11:10

Deguster la chaleur humide en cette saison de mousson? Non, il ne s'agit pas du sens pejoratif du terme, mais bien des plaisirs gastronomiques dont l'Inde a le secret, pour reconforter les pelerins extenues!

Quel plaisir de retrouver (cf. mon voyage dans l'Himalaya nepalais) ces momo tout chauds, apres une ascension qui nous a rendus tout moites, et dont on ne sait plus tres bien si cela est du a l'effort ou a l'humidite ambiante! Le momo est une sorte de grosse raviole cuite a la vapeur, fourree de legumes ou de viande. Cette specialite tibetaine se retrouve ensuite sous toutes ses formes: du snack de rue a l'ingredient de soupe! C'est une association parfaite avec la fraicheur, toute relative, des montagnes! Une assiette de momo et le Tibet nous semble alors a portee de pied!

Cela n'empeche pas Dharamsala, et plus precisement Mc Leodganj, qui sera notre porte d'entree vers les sommets, de rester tres cosmopolite, au point de voir apparaitre des resto revendiquant leur tradition francaise, italienne ou plus couramment encore israelienne; sa communaute juive s'etant passee le mot sur l'existence de ce paradis ou la nourriture est comme a la maison, mais trois fois moins chere et avec la paix en plus! 

Cela n'empeche pas les petits "hotels" indiens de resister face aux envahisseurs, et en particulier les punjabi dhaba dont la reputation en Inde n'est plus a faire. Il s'agit de petits restos de bord de route que l'on a pris coutume d'appeler "routier" dans notre jargon de marcheurs indiens! Ils ne payent pas de mine avec leur devanture a l'effigie de Pepsi ou Coca, peinte a meme le mur, derriere le feu ou mijotent ces grosses casseroles, ensuite exposees sur la paillasse exterieure. A l'interieur, tout semble noir: la fumee du feu, la crasse ou un gout pour l'obscurite? Cela n'empeche pas les casseroles de sentir diablement bon! Elles contiennent les sabji, ou legumes en sauce, qui viendront accompagner les roti, ou galette de pain cuit en tandori, c'est a dire sur les parois d'un four chaud; ici, c'est bien la sauce qui accompagne le pain!   

Les roti sont au nord de l'Inde, ce que le riz est au sud: c'est a dire omnipresent! Si le Punjab fait peut- etre figure d'exception a cette regle, le Rajasthan est l'exemple type! Nos 7 semaines passees dans cet etat nous ont permis de decouvrir toute la subtilite du chappati roti! C'est un roti cuit d'abord sur une plaque puis place quelques secondes au contact de la chaleur du foyer quasiment sur les braises. Il se decline lui aussi, a tout les moments de la journee: chapati/curd (curd = sorte de fromage blanc) au petit dejeuner, puis chapati/sabji ou chapati/pikles (pikles= morceaux de legumes ou fruits presque confits avec des epices, utilises pour relever les plats) pour le lunch, et enfin un mixte de tout ca precede d'une sucrerie (car, en Inde, on commence par le plat sucre)... du chapati broye a la main et melange a du sucre (chini) et du beurre (ghee): soit la version indienne de la crepe au sucre!! De quoi faire une indigestion de chapatis? Pas du tout, en fait, car nous recevions ces plats le ventre vide! Les hotels ayant disparu au milieu du desert, nos repas ne dependaient que de ses habitants, de leur faculte a lire notre faim dans nos yeux, car nous nous refusions a quemander de la nourriture a des gens qui nous l'auraient donnee, quelque soit leur propre situation. Mais plus encore que de manger dans "l'assiette du pauvre" qui semble attendre dans chaque famille du Rajasthan, nous apprenons a aimer le chapati, avec ses variantes familiale, ou geographique.  Nos faveurs iront au chapati constitue de farine complete (plus sombre et plus nourrissante) mis en morceaux dans un curry blanc fait a partir de farine, d'oignons, et de chass, soit le petit lait, mange, bien entendu a la main, en la sucotant! Ayant mis un point d'honneur a toujours finir nos assiettes, pas facile de reprendre la route apres de tels festins!

Le sud de l'Inde n'a pas laisse indifferentes nos papilles non plus! Le dosa ainsi cite lors d'une interview d'un journaliste nous a ensuite valus des explications dans le nord ou nous devions rassurer la maitresse de maison prete a se mettre en 25 pour nous en preparer! Le dosa est une sorte de crepe geante faite a partir de farine de lentilles (jaune) et de riz, et presentee en rouleau ou en cone sur une feuille de bananier, et servi avec du chutney (sorte de sauce relevee a la noix de coco) et du sambar (sorte de soupe de legumes, relevee aussi). Un dosa est considere comme un snack, mais peut devenir un repas si les galettes sont multiples. C'est une alternative au Thali, litteralement "plat", integrant le riz, la ou les sauces, un legume, et selon les regions, un laitage, du pain (au choix: puri, chapati, parotta, nan...), et une sauce a base de paneer, le fromage non fermente du nord de l'Inde. Dans le Gujarat, nous nous serions bien passes de leurs sucreries... tres tres sucrees et tres ecoeurantes! De plus, ils semblent meconnaitre le chocolat! Dans le Maharashtra, les specialites se developpent dans leur version snack; petits beignets fourres de legumes aux legumes garnis de pates, la gamme est large! Le chilli vert et l'oignon sont tres prises, au point d'etre meme offerts systematiquement en aperitif: chilli a la "croque au sel" et oignons au jus de citron.

-"C'est tres bon pour la sante et la rehydratation!

- Et bien, mettez m'en une assiette de plus!" 

On dit qu'en Inde on trouve une nouvelle specialite culinaire tous les 10 km. Considerant que nous avons deja marche plus de 4200 km, avec une moyenne de 2 degustations par jour, sachant que notre moyenne journaliere est de 25 km, combien de nouvelles recettes avons- nous pu deguster?

 

Topo kilometrique: 4225 km

Topo des etats traverses: Tamil Nadu, Kerala, Karnataka, Goa, Maharashtra, Gujarat, Rajasthan, Haryana, Punjab, Himachal Pradesh.

Ecrit par Amandine, le 15/07/2006, a Mc LeodGanj.

 

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8 juin 2006 4 08 /06 /juin /2006 13:12

"1 kilometre a pieds, ca use, ca use...

3500 kilometres a pied, ca use les souliers!"

Qui n'a jamais fredonne cette ritournelle entetante... et vite agacante?

C'est donc un besoin "naturel" que nous avons de chantonner ou siffloter, pour accompagner nos foulees, nous evader de ce "train- train", jamais monotone, de la foulee; je ne paraphraserai pas Benoit Poelvoorde dans le film Les Randonneurs!

Parfois, nos pas se trouvent cadences par le rythme de la batterie de John Bonham, dans le morceau Moby Dick, de Led Zeppelin. Simple solo de batterie ou magnifique moyen de se relancer?

Comment ne pas avoir en tete Le Cactus de Jacques Dutronc, lorsqu'on en longe des haies de plusieurs kilometres? "... Aieaieaie... Ouille!"

Foulant les plaines semi- desertiques du Sud- Rajasthan, on peut vous assurer que le Requiem de Mozart acquiert une nouvelle dimension, jusque- la insoupconnee, meme avec la meilleure ecoute possible dans son salon equipe du meilleur ensemble hi- fi...

Le Ragas in Minor Scale de Ravi Shankar, formidable dosage de sitar et de tablas, nous saisit tout autant.

La tradition de l'opium est restee tres presente dans le Rajasthan: chaque fete en propose aux convives, mariage, naissance et meme deces... Mais, les patriarches des villages en ont leur petite dose quotidienne, et profitent de ce moment convivial dans les huttes traditionnelles... La chanson La Coco des enfants sages, interpretee par Casse- Pipe, devient ainsi pour nous "L'Opium des papys sages"!!!!

L'Inde et ses thes... le tchai est la boisson nationale, que l'on boit a toute heure, partout (chez soi, sur le bord de la route, dans les hotels-restaurants)... So, "we're French, we're not English", et nous fredonnons aisement "Tea for two"... A bons connaisseurs du film francais au plus gros box- office!

L’Inde a aussi son lot de productions de films, issus de Bollywood (plus grosse production cinematographique devant les Etats- Unis), et son lot de chansons associees. La chanson estampillee Bollywood est tres populaire ici, des villes aux villages perdus au milieu de nulle part… Les rickshaws, les dhabas ("resto" de bord de route), les hotels, tout le monde fredonne la derniere chanson a la mode, y compris nous, c’est evident!!!

Une longue ligne droite ponctuee de bornes. Chaque petit plot blanc peinturlure est salue par une rengaine, devenue tube d’un jour. Exemple: "T’inquiete pas, Jack, tout ira bien, T’inquiete pas, Jack, tu iras loin…", empruntee a Louis Bertignac, Jack.

Enfin, nous nous sommes lances notre propre concours… Trouver le plus de chansons possible avec "Walk" ou "Marche" dans son titre… Ou comment creer la compilation de la marche indienne ?!!! Avis aux amateurs ayant du temps a perdre…

Toute cette evasion musicale nous serait impossible sans l’oeuvre de nos Peres Noel, avec une mention speciale a Gwen mais aussi Paulo et Mailys, les plus assidues, ainsi qu’a la derniere declaree, mais non moins prolifique, Aurelie… A vous tous, un grand MERCI!

  

Mais, vivre un an en Inde, c’est aussi experimenter ses medias… Ici, le cricket est sport- roi… unique sport roi. Ainsi, nous n’avons jamais reussi a nous tenir informes des resultats et avancees medaillistiques, francaises notamment, lors des J.O. d’hiver de Turin! Ou encore, la politique indienne, unique au monde, basee sur des "alliances" en tout genre (un peu comme si le Front National s’alliait avec le Parti Socialiste chez nous!) pour gagner les scrutins, meurtres de leaders politiques, coups bas, machinations melant sexe, drogues,…

Cependant, nous avons elu, The Times of India (quand on le trouve!) quotidien officiel de la Marche Indienne, aux editos plus avises que l’Indian Express, meme si celui- ci nous annoncait une veritable guerre civile francaise en novembre dernier!

 

La marche fait travailler les jambes; mais, l’esprit a aussi besoin de reflexion, d’evasion, que ce soit lors des pauses midi aux heures chaudes, chez nos routiers, ou certaines pauses de 2/3 jours, comme ici a Bikaner… Qu’ils soient romans, essais, biographies, recits historiques, ou autres, en voici la liste a ce jour, completant nos livres de chevet d’avant depart (voir Article "Nos Inspirations"):

  • Arundhati Roy: The God of small things
  • Pavan K. Varma: Being Indian
  • Chandra Bhan Prasad: Dalit Diary: 1999-2003, Reflections on Apartheid in India
  • The Planters Association of Tamil Nadu: Halfway to a century celebration – 50 years of service to the plantation industry in Tamil Nadu (1954-2004)
  • Kushwant Singh: The company of women
  • Sarah McDonald: Holy Cow – An Indian Aventure
  • Karen Armstrong: A history of God
  • Amartya Sen: The argumentative Indian
  • Karen Armstrong: A history of myth
  • Sudir Kakar: Ecstasy
  • Amitav Gosh: The Glass Palace
  • Kushwant Singh: The end of India
  • Rev. Alvin V.P. Lee / Satyaraja Dasa Adhikari: Khrisna Consciousness and Christianity, East- West dialogues
  • A.C. Bhaktivedanta Swami Prabhupada: Beyond Birth and Death
  • D. Lapierre / L. Collins: Cette nuit, la Liberte
  • Holgel Kersten: Jesus lived in India
  • Rustom Barucha: Rajasthan, an oral history (conversations with Khomal Kothari)

 

Topo kilometrique: 3526 Km

Topo des Etats traversés: Tamil Nadu, Kerala, Karnataka, Goa , Maharashtra, Gujarat et Rajasthan… qui est le plus vaste Etat indien… c’est pour ca qu’on y est encore!

 

Ecrit par Eric a BIKANER le 08/06/2006

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13 mai 2006 6 13 /05 /mai /2006 12:40

Une fois n'est pas coutume, commencons par le topo kilometrique! 3000 kilometres tout fraichement passes, Sans meme nous en rendre compte... si j'ose dire! Ce n'est qu'en arrivant a Udaipur qu'en verifiant le compteur (notre podometre) que nous l'avons decouvert!
Un si long silence pour si peu de kilometres, vous diriez-nous! En effet, les plus assidus ont peut-etre remarque une "baisse de regime"; notre moyenne mensuelle d'environ 550 Km, n'a pas ete respectee! L'explication est simple: le visa indien etant de 6 mois uniquement, nous sommes alles nous promener au Sri Lanka pour mieux revenir en Inde, un nouveau droit de sejour en poche! De plus, nos parents, en visite dans la region, nous ont "accapares" quelques jours supplementaires, le temps de faire un "check-up" complet et d'obtenir, la aussi, notre droit de rester! C'est donc reparti...
Topo Kilometrique : 3024 Km
Topo des etats traverses : nous sommes entres dans le Rajasthan apres Gujarat, Maharashtra, Goa, Karnataka, Kerala et Tamil Nadu.

 

Marcher pour photographier
Pour les amoureux de l'objectif et les fanas du clic-clac, l'Inde est un paradis. Enchantement des couleurs et de la fluidite des saris, expressivite de ces portraits d'hommes et de femmes, sans parler de ces scenes de vie apercues dans l'entrebaillement d'une porte ou au milieu de la rue!
Et pourtant, ce paradis peut tres vite se transformer en veritable calvaire...

-"One shot, please"
-"take one picture", clignement d'oeil et mouvement de l'index en option!
Derriere la grande cooperation de la population indienne face a la camera, se cache un vice!
Pas de demande d'argent, ni meme de la photo... le plaisir est ailleurs: se sentir star sous les feux du flash, jouer a l'acteur de Bollywood, ou simplement etre regarde, le temps de quelques secondes. Voici comment on cree du plaisir dans l'Inde non-touristique (le tourisme introduisant un biais)!

Pourquoi alors parler de vice?
Une image me revient; ce gamin ouvrant la porte a la sortie d'une mosquee. Il est surpris de nous voir; je remarque que le fichu qu'il porte noue sur la tete, en guise de couvre-chef pour la namaz (priere musulmane), est en fait le drapeau americain...
Pas le temps "d'armer" mon appareil... le garcon s'excite en appelant ses copains qui ne tiennent pas dans la petite ouverture; ils crient, gesticulent en passant devant les copains jusqu'a me marcher sur les pieds. Et moi, j'ai perdu de vue mon representant de la paix!
L'appareil photo tue la photo. Les exemples sont nombreux de prises ainsi avortees par la perte de l'authenticite de la photo, des l'instant ou l'engin est repere.
Certains se recoiffent, retirant le turban qui faisait l'objet de la photo, tandis que d'autres prennent la pause, lachant ainsi leur activite, et gachant la mienne!

Pas toujours facile d'etre photographe en Inde... surtout quand, apres les 30 kilometres quotidiens, s'offre l'eventualite d'une photo... on devient faineant! 50 metres de plus a faire, le sac toujours sur le dos, et sans se faire remarquer, s'accroupir, mais non, se relever legerement, attendre l'instant magique pour enfin tirer: "clic"!
En depit de cette lourdeur apparente, la marche beneficie d'une souplesse d'execution! Pas de bus a arreter, pas de fenetre a ouvrir! Surtout qu'en Inde, les scenes de vie ne sont pas cachees comme dans nos societes occidentales. Ici, la vie s'etale dans la rue; le moindre evenement est public, a portee de regard ou de "clic", dans un pays qui ne semble connaitre ni la pudeur ni l'espace prive.
Rares sont les lieux et les instants en Inde qui ne soient pas remplis d'humanite -ou d'inhumanite! Que ce soit le regard transpirant d'amour d'un grand-pere tenant son petit-fils, la joie de cette travailleuse chantant et presque dansant sur ce camion ou elle tassait le coton, ou encore cette femme croquant rageusement dans une canne a sucre, le regard dans le vide...

Et comment oublier cette seance photo, d'une star indienne ayant embaucher des photographes indiens et me proposant d'en faire partie au cas ou je ferais de meilleures photos! Nous sommes a Ellora Cave (une exception touristique en dehors de notre marche, sous le conseil avise d'indiens) au milieu de caves sculptees par des bouddhistes, hindous et jains, et voici notre top model en costume traditionnel en train d'imiter les postures dansantes des dieux representes derriere elle dans la roche! Ces photos, et plus encore, son souvenir, donne de la saveur et du raffinement a une Inde que l'on aurait vite fait de reduire a sa rudesse et sa poussiere! Que dire des ces palais de Rajputs, aux multiples persiennes, dentellures et autres arcades par lesquelles la "photographie" devient un jeu de cache-cache avec la lumiere pour reprendre sa fonction originelle: "ecrire la lumiere"!

Certaines images ont imprime la pellicule (pour ne pas dire les capteurs numeriques!), parfois avec toute l'emotion degagee par ses protagonistes. D'autres sont gravees dans ma tete sans que j'ai pu appuyer sur le declic; elles n'en sont que plus belles, trop intimistes sans doute, mais cela permet de poursuivre le voyage...


Ecrit par Amandine a Udaipur le 13 mai 2006

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7 mars 2006 2 07 /03 /mars /2006 12:24

Silvassa. Un point sur la carte, un nom répété quelques jours, qui se dévoile le temps d’une soirée, et si vite oublié.

En effet, pas de chasse aux trésors sans carte! Chaque soir c’est le rituel: nous déplions notre carte, rapiécée aux encornures, sous les yeux plus ou moins nombreux de l’assistance d’un soir. Nous reparcourons avec eux, ces points devenus chargés d’histoires et d’émotions. Comment oublier le sourire de Shabir nous confiant son problème d’endettement? Ou encore la leçon d’histoire revisitée par Goutham, l’engagement humanitaire et humaniste –les deux étant pas forcément liés– de Tino (âgé de 80 ans) et Katrina, sans parler de Virgilio et son amour pour… Chirac!

Mais la chasse continue! Des états à parcourir, des points à relier, des trésors à dénicher. Un point sur la carte et notre imaginaire se met en route.

Mandoli: une oasis pour une pause Limca (soda local citronné) tant attendue ? Non! C’est un petit village aux maisons traditionnelles (structure en bambou recouverte de boue séchée) peuplées d’Adivasis, population aborigène indienne… et bien ce sera un “thé-biscuit” offert sur le lit d’une de ses familles musulmanes!

Matheran: une montagne, un plateau boisé aux abrupts versants, pour une journée d’ascension où seuls quelques rares locaux nous dépassent, en tongues, la bibine dans le sac! Arrivés épuisés au sommet, nous y découvrons une station de charme, pour touristes fraîchement montés en taxi… par l’autre coté!

Parfois c’est le vide sur la carte; la véritable exploration commence! Y aura t-il une route, un sentier, un pont pour traverser la rivière? Trouverons-nous des villages et en particulier un pour passer la nuit? Existe t-il un point d’eau? Et d’ailleurs, la carte est-elle vraiment fiable? Qui faut-il croire lorsqu’une borne kilométrique annonce 20% de différence?

On aimerait pouvoir faire abstraction de ces chiffres. Marcher sans calculer, sans compter. Mais le village, et la possibilité d’une rencontre, reste le but avoué de notre “chasse aux trésors”.

Et que dire de ces orientations –les chiffres, on a eu le temps de les apprendre– écrits en marathi, la langue du Maharashtra ? Un véritable casse-tête indien… mais qui trouve toujours un indien pour le résoudre! Enfin… parfois le compliquer!

 

 

Illustration. La scène se déroule dans un petit hôtel (en Inde, il s’agit d’un lieu de restauration, allant du restaurant a l’assemblage de tôles) du petit village de Palsi. Entre un couple d’occidentaux.

 

-         “Ils ont du se perdre!

-         Regarde, ils ont même pas de moto…”

Lui, un grand barbu a la casquette trempée. Elle, affablée d’un chapeau de paille ronge, d’où s’échappent deux tresses. (vous nous aurez reconnus!)

Nous leur proposons notre aide, car … “c’est notre devoir!”

C’est curieux, ils nous parlent de villes situées a quelques 100 km d’ici et nous interrogent sur les villages d’ici la. Mais, on devrait y arriver… tous les copains du village sont la, ainsi que des gens de passage!

-         Duar?

-         3 km, tout le monde semble d’accord.

-         Wathar?

-         4 Km… ou bien 5.

-         Lonand?

-         Disons 32 Km.

-         Non, c’est 20 Km.

-         Moi je pense que c’est 28.

Mais le jeu se corse...

-         Entre Nira et Pune, vous avez une idée, environ?

-         Oui, il y en a 42, répond un homme de passage.

-         Ah bon, vous en êtes sûr?

-         Oui, absolument sûrs.

-         Bon, et bien on reviendra vous dire si le compte est bon! Lance le barbu en repartant!

 

 

 

Le barbu et la “chapeautée” fouleront 76 kilomètres entre Nira et Pune!

Mais ne sont-ce pas là, les trésors de notre marche ? Un mélange de générosité et de confusion, quasi burlesque lorsque un homme à moto s’arrête pour nous demander:

-         where are you going?

-         We are going to Cachemire!

Et lui de nous répondre, peine de nous l’apprendre:

-         But… Cachemire is not here!

 

Topo kilomètrique: 2384 Km

Topo des Etats traversés: Tamil Nadu, Kerala, Karnataka, Goa , Maharashtra + territoire de Dadra et Nagar Haveli.

RQ: notre unique carte est au 3 000 000eme …

 

 Ecrit par Amandine et Eric a Silvassa le 7/03/2006

 

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18 janvier 2006 3 18 /01 /janvier /2006 14:26

Marcheurs depuis bientot trois mois. Trois mois de "high way", "beach road", et autre "short cut" a travers la "jungle"! Trois mois pendant lesquels, klaxons et ordures, palmiers et paradis perdus, sont devenus notre quotidien. Trois mois sans touristes... du moins les "blancs".

Depuis Mangalore, nous arpentons la cote ouest de l'Inde. Dores par un soleil d'hiver (de 25 a 35 degres tout de meme), leches par la mer arabique, et revigores a la noix de coco ou le sucre de canne, nous n'avons pas perdu notre condition de marcheurs! Trekkeurs, nous avons decouvert des plages oubliees, comme celle dont je tairerai le nom, ou une hutte sur pilotis, peut accueillir le voyageur chanceux qui la decouvre! Petit Robinson, nous devenons Crusoe avec notre papaye comme dejeuner. Et perches sur notre terrasse en bambou, nous savourons toute une journee, le parcours du soleil, terminant comme nous, dans la mer!

Les plages desertes, et les petits ports de pecheurs du Karnataka ont laisse place aux plages frequentees de Goa. Le contraste est saisissant tout comme celui du tourisme international avec celui indien! En effet, des kilometres de "peaux-rouges" sur transats alternent avec des metres de concentres de touristes indiens venus faire un tour de bateau! Les tetons blancs sont de sortie, alors que les femmes indiennes se baignent en sari!  Au milieu de cette faune touristique variee, nous ne devons pas passer incognito non plus! Foulant ces derniers kilometres de plage, nous nous sentons un peu perdus; les "resorts" ont envahi les plages et des enfants se deguisent pour se dehancher, au rythme du tambour de leur mere, face a des touristes qui essayent d'eviter leurs regards. Les menus traduits en russe pour satisfaire cette clientele au portefeuille bien rempli, ne font que nous perdre un peu plus! Sommes nous toujours dans la marche indienne?

Sur ces terres de hippies en mal de spiritualite, voici du tourisme de masse avec tout ce que la masse a de deplaisant! Certains soixante-huitards ont survecu, et continuent de vivre dans de petits ilots fermes, en en faisant le moins possible, entoures de jeunes venus chercher du reve…

Face a ces spectateurs de la vie, nous nous sentons acteurs de la notre! Marcher, c’est aussi cela: devenir acteur. Si le paysage defile sous nos yeux, c’est que nous avancons. Parkes dans ces bolides qui nous depassent a 100 km/h au dessus de la vitesse autorisee, que voient ces touristes a travers leur vitre? Le deroulement d’un film en vitesse acceleree ? Et meme si le film est bon, cela n’empechera pas certains de s’endormir devant!

Parfois, on nous prend pour des  pelerins:

-  “Are you going to Sabarimala” (un lieu de pelerinage tres repute qui deplace des centaines de milliers d’indiens, pour le dieu hindou Ayappa)

- “ No, to Himalaya!”

Et finalement nous nous sentons un peu pelerins; pas d’un Dieu, d’un pantheon, ou d’une religion, comme ceux croises sur notre chemin, mais de toutes les religions! Notre marche prend alors une autre dimension … nous devenons queteurs d’une meilleure comprehension de la diversite de notre monde… 

 

Ainsi, quand on nous demande: “why this sacrifice?”, il faudrait pouvoir repondre tout cela! Mais en substance, nous sommes marcheurs pour ne pas etre touristes… 

(… du moins pas ceux la! Bien entendu, il existe des touristes moins caricaturaux que ceux decris ci-dessus!)

 

Topo Kilometrique: 1586 Km

Topo Cadeaux des peres et meres noel: un tres grand merci! Vous pouvez continuer!

Topo grand concours: depechez-vous il va y avoir la correction!

Ecrit par Amandine a Colva beach (a 30 Km de Panaji dans l'etat de Goa)

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16 décembre 2005 5 16 /12 /décembre /2005 13:30

Un matin ordinaire en Inde sur la route de la Marche Indienne, c'est un eveil progressif des 5 sens dont la nature nous a pourvus, et qui nous permet de "sentir" l'environnement que nous traversons et frequentons jour apres jour...

Les incantations religieuses, provenant du temple hindou tout proche, des 5h du matin, en guise de reveil matin, c'est toujours plus doux qu'une sonnerie de portable qui vous sonne a 30 cms de l'oreille... Ou encore, ces reveils rythmes par les bruits de la vie sauvage, tel un elephant qui barrit au loin, un gaur (le plus grand des cervides du sous continent indien) poussant son cri caracteristique, ou ces singes se disputant les premieres nourritures du jour... Ou meme, ces simples bruissements de feuilles, synonymes de vent ou de passage d'un animal, dans ces forets d'eucalyptus, de silver oak, de bois de santal ou de teck.

Notre horaire de reveil, cale sur celui du jour, nous permet de profiter de cette luminosite naissante, tel ce matin-la sur le lac de Pykara, entre Ooty et Gundalur, ou la lumiere perce la brume en ce matin plutot froid... Ou, plus tard dans la journee, au gre des rencontres, nous pouvons mesurer l'etendue du panel des couleurs, a travers les saris que portent a merveille les femmes indiennes, ou bien encore ces etendues de couleurs infinies sur les marches, tel celui de Coonoor.

Notre marche, agrementee de petites pauses "gourmandises", nous permet de reapprendre a savourer un verre de jus de fruits frais, un simple fruit croque a pleines dents, telle cette papaye a Belur, ou meme un simple cool drink, meme si pas toujours tres cool, la faute aux incessantes coupures d'electricite. Et que dire de ces moments de bonheur gustatif, lorsque, face a un plat de dosa, puri ou autre, agremente de sauce sambar, de chatney, nos yeux doivent trahir notre bonheur de manger apres 15 ou 20 kms de marche... ce qui fait toujours rire a pleines dents les indiens, impressionnes de nous voir manger de tout, comme eux, a la Indian Style (main droite)... Et tout cela sans parler du fameux the indien, le tchaia..., ou meme, plus surprenant, de ce verre de vin rouge Cabernet accompagnant notre diner a Gundalur...

Mais la marche indienne, c'est aussi cotoyer les odeurs plus ou moins agreables en debut de journee, apres un petit dejeuner plus ou moins copieux. Les egouts a ciel ouvert sont legions en Inde, qui n'a sans doute pas encore pris conscience du probleme... Et le probleme est de taille dans un pays de plus d'1 milliard d'habitants!!! Ou encore ces decharges sauvages, ou les mendiants se battent avec les cochons sauvages, a la recherche de quelque chose a manger... Mais, l'odorat est, -heureusement !-, agremente de saveurs plus festives pour le nez: odeurs de plats cuisines que nous nous amusons a reconnaitre a chaque coin de rue, odeurs d'eucalyptus, de citronelle, coriandre, ou meme ce parfum de vanille dont nous nous sommes remplis les cavites nasales dans ce local ou elle sechait...

Enfin, se changer le soir avec notre vetement de rechange, ceci apres une bonne "douche", plus ou moins chaude, sentir la chaleur de notre sac de couchage dans cette nuit glaciale, lorsque nous avons dormi dans cette Boat House (aux vitres cassees) par une nuit a -3C sur les bords du lac de Pykara, ou encore se faire serrer la main par un indien a qui on semble avoir apporte un rayon de soleil le temps d'une soiree ou un debut de journee... 

ecrit par Eric a MYSORE

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21 novembre 2005 1 21 /11 /novembre /2005 23:00

- What is your name ?

C'est la question par laquelle tout commence. Tout fraichement sortie des livres d'anglais, sur les chemins d'ecoliers. Tout commence et parfois tout finit... car l'identification est suffisante en Inde; il suffit de se rappeler de la classification en caste de la societe indienne abolie en theorie a l'independance mais toujours vivace dans les esprits. Tout aussi frappante est la facon de se presenter: nom, profession, caste en option, et religion... l'art du CV pour exister!

- What is your name ?

Cette question revient comme une rengaine. On la chuchote par ici avant qu'une frimousse se lance, avec la plus grande concentration. Un gamin nous la crie depuis l'autre versant de la montagne, tandis qu'un autre court a notre niveau pour nous la divulguer! La reponse suscite le gloussement des jeunes filles, ou une empoignade avec Eric pour les plus caids! Les parents font du coude a leur rejeton pour recevoir ce mot si cher a leurs oreilles, et pourtant si dur dans leurs bouches! Une chose est sure: notre difference attire, et attise une saine curiosite. L'echange d'un sourire, accompagnant ces futiles rencontres, leur donne plus de sincerite, et de force. Nous marchons ainsi vers le prochain sourire... plus ou moins dente!

- What is your name ?

Question suffisante donc... mais parfois seulement necessaire a un ensemble de trois interrogations qui s'enchainent a merveille, et aussi surement que le trident accompagne Shiva, symbolisant le triptyque de l'hindouisme (pantheon compose des trois dieux Shiva, Brahma et Vishnou).

- What is your name ? Where are you coming from ? Where are you going ?

Pour susciter un peu plus de reaction, nous nous amusons parfois a remplacer les reponses attendues: "France" et le village vise, par "Kanyakumari" et " Himalaya". Ce a quoi la majorite a l'air de repondre: "ah d'accord" en dodelinant de la tete pour approuver avant de reprendre leur activite. Quand les yeux et les bouches s'arrondissent... c'est alors que se produit, un autre type de rencontres. La derniere en date s'apelle Nagoo. Intrigue par notre histoire, il nous recueille sur le bas cote de la route, a la descente de son bus scolaire. Il nous ouvre sa maison, installee au milieu d'une plantation de the; ses parents sont des travailleurs et ne sont pas encore rentres des champs. Le pere de Nagoo s'appelle Ganesh, et comme son nom l'indique (c'est l'un des dieux hindous) il est hindou, et appartient a la plus haute caste. Ganesh "a fait un mariage d'amour" avec Mary, chretienne bien entendu, et de basse caste, brandissant ainsi tout les interdits culturels indiens: mariage encore tres souvent arrange au sein d'une meme caste, et d'une meme communaute religieuse.

A la tombee de la nuit, ils rentrent chez eux, et nous decouvrent, discutant confortablement avec leur fils. En nous voyant, ils nous expriment leur joie en nous disant qu'ils souhaiteraient avoir des surprises comme celle la tous les soirs en rentrant du travail! A peine rentree, Mary se glisse dans sa cuisine, son sourire solidement accroche aux oreilles! Je la suis, rapidement rejointe par les voisins attires par cette providence d'un soir. Nagoo joue les traducteurs dans le salon, entre le Malayalam et l'anglais qu'il apprend seul, tous les soirs, avec ses livres, la BBC et un dico. Pendant ce temps, le voisin, nouvellement "Christopher" depuis sa conversion au christianisme, fait de meme dans la cuisine, entoure par les voisines qui m'assoment de questions sur nos habitudes en France.

- non, je ne porte pas de grosse boucle d'oreille en or.

Christopher m'explique, qu'ici, les femmes les plus pauvres, mettent des fortunes dans leurs bijoux pour faire croire en une richesse, d'autant plus amputee pour plusieurs annees.

- oui, en France nous mangeons du riz mais pas de chapatti, plutot du pain.

Christopher nous depeint un tableau assez sombre de ce Kerala que tous nous decrivaient comme idyllique pour son climat, ses collines verdoyantes et ses lacs. Ici, on parle salaires et cours du the. Or, ce dernier est bas, et les proprietaires refusent de payer les 100 Roupies (2 euros) journaliers qu'ils payaient autrefois. Aujourd'hui, une journee de travail se paye 50 Rs!

Dans la penombre de la cuisine eclairee uniquement par le feu du foyer, les dents blanches de Mary continuent de rayonner! Elle nous mijote un curry (melange de legumes, noix de coco, et epices) pour accompagner des Puri (sorte de galettes qui se distinguent des chapatti, par leur cuisson a l'huile et non sur une plaque). Nous nous regalons et nous endormons, convaincus d'etre en route vers le coeur de l'Inde!

TOPO kilometrique: 558 Km

Il nous reste encore des milliers de kilometres a parcourir, des centaines de rencontres a faire, et ainsi encore des dizaines de questions desarmantes...

- what is your cast?

- what do you think about Jesus Christ?

- ...

ecrit par Amandine a MUNNAR

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14 octobre 2005 5 14 /10 /octobre /2005 22:00

Chennai (Madras)

Nous voici a Madras! 35 heures de train seulement, soit 2 nuits et une journee ponctuees de nombreuses propositions de "chai" (the), "coffee" et autres gourmandises indiennes. Nous faisons aussi la connaissance de 2 indiens avec qui nous evoquons quelques questions de politique... ils considerent que la dynastie Ghandi a assez dure, parlant meme de "monarchie"! Pourtant, ils votent pour le parti du Congres re-forme depuis peu autour de Sonia Ghandi (la femme de Rajiv, lui meme fils d'Indira). Le premier ministre, un sikh du parti du Congres ne serait qu'un pion de Sonia Ghandi! Et la perspective d'une femme etrangere (elle est d'origine italienne) a la tete du pays ne semble pas les enthousiasmer... Nous evoquons aussi la situation des intouchables, aujourd'hui favorises par une loi de quotas type "discremination positive" afin de leur redonner une place dans la societe indienne; la encore, l'etudiant d'une haute caste, comme le cadre d'une boite de developpement d'energie nuclaire, ne l'apprecient peu. D'apres eux, on a plus de chances aujourd'hui lorsque l'on est intouchable que membre d'une haute caste! Cela est bien sur, un avis tres partisan qu'il faudrait pouvoir moderer... mais pas d'intouchable dans cette 2nde classe indienne (il y avait 5 classes differentes dans ce train) pour en parler! Notre arrivee a Madras est saluee par la pluie.

Madras, 4eme ville indienne, et 1ere du sud de l'Inde. Cette ville n'est pas differente des autres en bien des points. Seule la roublardise y est peut-etre un peu moins developpee qu'ailleurs! La ville en Inde est etouffante, bruyante et puante, mais surtout grouillante! C'est cela peut-etre qui la rend attirante: chaque instant est rempli de vie mais aussi de mort et de maladie; les couleurs vives nous emerveillent, tout autant que le gris poussiereux des lungi (bout de tissu passe entre les jambes puis noue autour de la taille) nous attriste. Nous avons choisi de la decouvrir a pied... pour se mettre un peu dans le rythme de notre future marche, et ceci en depit du fait que l'on n'aime vraiment pas marcher en ville... trop polluee, trop encombree! Mais, les indiens n'ont pas l'air de comprendre ce choix de locomotion... qu'eux memes n'utilisent peu. Regulierement un rickshaw s'arrete nous proposant de nous vehiculer, parfois nous conseillant de faire attention, voir meme nous supliant de monter! c'est risible et parfois irritant. Rien ne laisse indifferent ici, et c'est peut etre ce qui me plait... les sens sont en eveil, quitte a parfois nous deranger, ils nous stimulent! Cette description de la ville peut effrayer, et en effet, la ville dans l'ensemble nous assomme, mais elle attise aussi en nous des emotions, qui ne sont pas de l'ordre du beau ou du moche (l'esthetisme), mais plutot du sensoriel. J'aimerais y ajouter le spirituel mais jusqu'a maintenant, les dieux hindous, jains, ou chretiens (ici les images de jesus en beau et jeune garcon s'etalent comme une publicite) me laisse perplexe avec leurs images kitches et decolorees. Quant au coeur, il est pour l'instant moins sollicite que le porte-feuille... a suivre!

 Depuis notre arrivee, nous avons essuye 2 jours de pluie de mousson (c'est celle du SE qui commence mais on devrait la quitter en allant encore plus au sud). En quelques heures, Madras est devenue une mare aux canards... pour ne pas devenir l'un de ces canards, nous sommes devenus des rats de bibliotheque et de librairie! L'objectif etant de mieux paufiner notre connaissance sur notre itineraire, et les regions traversees du sud de l'Inde.

Mais le soleil etant revenu hier, nous souhaitions piquer une tete dans la "Grande Bleue"... histoire de nous rafraichir un peu, les ablutions dans le Gange nous ayant mis en appetit... quoique! Pour cela nous avions choisi la plage de Marina beach, longue de 12 km, afin de nous mettre en jambes. Au fil des kilometres, nous decouvrons une realite beaucoup moins exotique que ce a quoi on s'attendait! Je fais remarquer a Eric le nombre de crottes de chien sur la plage...

- "C'est d'autant plus curieux que les chiens ne sont pas si nombreux sur cette si longue plage!

- Et tous ces indiens qui viennent contempler la "Grande Marron", assis sur leurs talons, puis vont la toucher avant de s'en retourner a leur occupation." 

Puis tout s'eclaire (si je puis dire...): 

- "Ce sont leurs toilettes!" 

Ceci nous coupe toute envie de bain! De toutes les manieres, aucun indien se baigne (ils pataugent comme nous), et la mer est tres agitee. Nous continuons notre marche d'entrainement en zigzaguant sur le sable mine! Nous longeons bientot un quartier aux maisons constituees de feuilles de palmes sechees. Une jeune fille me demande 1 roupie (soit 1/53 eme d'Euro!) et cela m'agace d'etre ainsi prise pour une carte bancaire ambulante. Mais rapidement on s'eloigne de la ville, et les visages s'eclairent de sourires. C'est fou! A seulement quelques kilometres du centre anime de la ville on profite de ces premiers sourires si genereux... c'est si bon...

Sur notre carte, une route se poursuit plus loin encore vers le sud, enjambant l'embouchure d'un fleuve... Mais, nous ne trouvons qu'un reste de pont eventre... on realise alors qu'il s'agit d'un reliquat du Tsunami... nous rebroussons chemin a travers le meme quartier... dont les habitants nous apparaissent alors comme des survivants...

 Au programme aujourd'hui: un musee national, cense etre l'un des plus interessants d'Inde. Grosse frustration: 2 des 6 galeries fermees pour cause de renovation, et a l'interieur de celles ouvertes, jusqu'a la moitie de fermee pour cette meme raison ou pour cause de panne d'electricite, etc... la premiere galerie concernant la zoologie, est un ramassis de squelettes et d'animaux empailles et jaunis par les annees (certains ne semblent avoir ete touches depuis 50 ans, au vu de la poussiere...)... je finis au pas de course, un peu ecoeuree. On enchaine ainsi les differentes galeries, depasses par un groupe d'ecoliers, a la limite du footing... dans la seule salle dans laquelle je trouve un interet: celle de la peinture. Entre quelques portaits de gouverneurs anglais, on decouvre des artistes indiens influences par l'impressionisme. L'ensemble reste tres leger, surtout pour les 250 Rs par personne (contre 20 Rs pour les indiens) payes a l'entree ou rien n'est dit concernant le peu de galeries ouvertes... si cela permettait au moins de vraiment renover ce musee, on serait presque content d'avoir paye autant (equivalent de 2 repas pour 2 personnes en Inde)! 

Il nous reste encore 2 jours a Madras avant de rejoindre Kanyakumari (Cap Comorin)... nous commencons a avoir hate de partir marcher... nous nous sentons acclimates, et surtout, suffisamment gras des bonnes choses mangees depuis notre arrivee!

Ecrit par Amandine le 15/10/2005

 

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